Quand tout ne se passe pas toujours comme prévu… #2

Plus la date d’accouchement « officielle » approchait, plus on avait hâte de la rencontrer. Et moi secrètement mon stress commençait à monter.

Je me préparais mentalement à l’accouchement et notamment à la douleur qui allait l’accompagner. Pourtant je me rendais compte que même si on en parlait comme quelque chose de naturel et surmontable, dans mon fort intérieur j’avais peur. Contradiction à tout cela, j’ai décidé de vivre un accouchement naturel et d’éviter la péridurale. Je m’étais quand même laissé une porte de sortie en me disant à moi-même que je l’accepterais si la douleur devenait insupportable. Bé oui comme je n’avais aucune idée de ma tolérance à cette sensation et malgré « ce grand moment de bonheur qui ferait oublier la douleur », je ne voulais pas m’enfermer dans mes idéaux.

Je me préparais donc un « kit détente » pour traverser cette grande étape : huile essentielle de lavande, musique, exercices de respiration, positions pour accélérer le travail et celle pour accoucher, de la bouffe et des jus pour parer à mes envies urgentes,…etc. Je savais aussi que sur place il y a avait un bain à remous et ça j’avais hâte car l’eau me fait un bien fou. Vous imaginez vous un spa en plein hôpital ? Ahahah le rêve ! J’étais donc prête à l’affronter !

Ce fût le tour de la valise pour la puce ! Ce qui a été je pense la chose la plus agréable à faire. M’imaginer la voir dans ces petits bodys et ses couches lavables, son petit bonnet et ses couvert’, je me détendais rien qu’en l’imaginant.

Mais voilà entre bonheur et déception, le jour J ne s’est pas passé comme prévu. Encore une fois, il a fallut improviser avec la réalité.

Tout à commencer un dimanche soir, j’étais partie me coucher. Mais c’est sur la toilette que je passais toute ma soirée. Évidemment je n’imaginais pas que mon corps se préparais progressivement à donner la vie (enfin à faire de la place pour laisser passer ce petit bout d’être humain). Et c’est en voyant de petites traces de sang que j’ai alors alerté mon mari au milieu de la nuit en lui disant : « Mmmh je crois que l’on va appeler l’hôpital ». Pourtant, je ne ressentais pas un soupçon de contractions.

C’est seulement quelques minutes après m’être installer dans la voiture que je l’ai regardé pour lui dire que je ressentais des contractions. Elles étaient vraiment légères mais je les définissais bien. Je savais au fond de moi que nous étions le jour J. Vous auriez du voir sa tête de mal réveillé mélangé à « Oh my god ! », quand je lui ai annoncé ça. J’en rie encore.

Arrivée sur place, mes contractions s’étaient rapprochées et intensifiées doucement sans rendre cela insupportable. Je respirais doucement et me préparais mentalement au marathon. Au final, c’est un sprint que nous avons vécu !

Quand on m’a installé dans la salle de travail, l’infirmière a eu à peine le temps de me poser une perfusion de sérum et moi d’enfiler ma belle blouse bleue que déjà j’étais à 9 (c’est-à-dire 9 mm d’ouverture du col de l’utérus en sachant que c’est à 10 que l’on commence à pousser). Je l’ai vu courir chercher un médecin en me demandant gentiment de bien vouloir attendre (sous-entendu « ne poussez pas tout de suite, on est pas prêt »). Sauf que d’un seul coup, mes contractions étaient devenues des poussées naturelles de mon corps. Je me suis alors vu crier « Elle va sortir. Il faut que je pousse. Il faut qu’elle sorte » en tenant la main de mon amoureux qui commençait sérieusement à s’inquiéter. Mais c’est en perdant les eaux que je ne pouvais vraiment plus me retenir. Mon corps me faisait clairement comprendre que c’était là, maintenant et pas dans quelques minutes. Là effectivement, j’étais à 10. Je me souviens encore de l’infirmière disant « on voit la tête ! ».

Le regard fixé sur la médecin, la tête baissée entre mes jambes, j’ai poussé seulement 30-45 minutes avant d’enfin voir la tête de ce petit être tant espéré et rêvé. Sortie comme une fusée et sans vraiment de douleur insurmontable, je suis donc passée à côté de toute cette période de travail que chaque femme enceinte redoute et à laquelle elle se prépare. Comme quoi il faut s’attendre à tout !

Et pour la suite non plus, je ne m’y étais pas préparée. Car même si l’accouchement s’est passé comme une fleur, l’allaitement a été une vraie désillusion.

Cet acte que l’on nous présente avec tant de simplicité et de naturel. Mais dont on nous parle jamais des difficultés qui vont avec. Même si on nous rappelle que le début est souvent douloureux, le temps que les mamelons se fassent à cette nouvelle fonction.

Que nenni ! Moi ça a été un calvaire ! Une envie profonde d’allaiter oui mais entourée de professionnels qui n’ont pas su m’aider dès le départ. Il semble que dans une unité de maternité, on est incapable de repérer le problème quand un allaitement se passe mal. Alors que dans mon cas, c’était tellement visible ! Un mamelon aplati totalement à chaque tétée et une douleur insoutenable. Mais moi je n’avais aucunes connaissances à ce sujet et personne de proche pouvant m’aider.

Alors je suis rentrée à la maison comme ça, avec cette douleur, ces interrogations, cette angoisse et cette incompréhension. J’ai commencé la relation avec ma fille dans la douleur et les larmes. Oui et c’est ce que je regrette le plus au final. J’avais tellement mal et la fatigue s’y mettant… Que c’est grâce à mon ostéopathe que s’est entre-ouverte une porte, celle des réponses même si je ne savais pas encore que le chemin allait être long et difficile.

Je l’ai vu une semaine après la naissance et écoutant mon problème, elle m’a orienté vers une conseillère en lactation. Car c’est en examinant ma fille qu’elle a pu noter un possible problème au niveau du frein de langue (partie qui attache la langue à la mâchoire et qui s’il est trop court, oblige le bébé à téter avec plus de force et d’une manière non classique d’où ma douleur et la forme de mon mamelon). Grâce à cela, nous avons été ensuite diriger vers une clinique spécialisée en allaitement et vu par un médecin qui nous a confirmé cela. Il nous a écouté et exposé les différentes solutions.

L’une dans d’entre elles était de couper ce frein mais nous ne pouvions pas nous y résoudre.

Une autre était de tirer mon lait 10 fois par jour et de me médicamenter pour activer la lactation. Mais cela m’ait apparu trop lourde. Après 1 mois dans cette situation, j’étais épuisée moralement et physiquement.

La dernière était de ne pas donner mon lait et de passer au lait de formule (poudre, préparation lactée…).

Mon idéal s’effondrait. Je n’arrivais plus à gérer entre vouloir donner le meilleur et la peur d’apparaître comme une mauvaise mère. Une vraie sensation d’échec ! Je me suis donc laissée 2 jours de réflexions et me suis rappelée la phrase de ce médecin de la clinique d’allaitement : « Moi l’essentiel c’est que vous soyez bien tous les trois. Alors peu importe le choix que vous ferez, ce sera le bon ».

J’ai donc décidé de lâcher prise, de regarder la réalité en face (c’est à dire mon état mental et physique du moment) et de penser à ma relation avec ma fille. Et nous avons donc commencé le lait en poudre…

Pendant les 3 mois qui ont suivi cette décision, j’ai culpabilisé comme jamais. Je me suis reprochée maintes et maintes fois de ne pas avoir assez essayé. C’est seulement après quelques rencontres avec ma psychologue que j’ai enfin commencé mon deuil de l’allaitement. En voyant la relation sereine que j’entretenais avec ma fille, contrairement à son premier mois de vie, je me suis dis que j’avais fais le bon choix. Tout au long de ce processus, mon mari a été près de moi à chaque instant, me déculpabilisant, me soutenant et je l’en remercie tellement. Sans lui, ce chemin aurait été bien plus douloureux à vivre.

Ces premiers mois m’ont appris bien des choses mais surtout que la vie est imprévisible encore une fois qu’elle peut parfois être surprenante et déstabilisante. Lâcher-prise, remise en question et surtout apprendre à s’écouter ont été les maîtres mots de ces premiers instants ensemble.

Alors quand je vous dis que cela ne se passe pas toujours comme prévu…

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